Promenons nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas…

Voilà, vous avez bien l’air en tête ? Comme une douce petite berceuse qui flotte en fonds, et refuse de s’arrêter ?

Tant mieux, (c’est cadeau).

Parce que l’histoire suivante mérite bien ce désagrément auditif, et puis ça plante le décor.

Jolie petite Manon, 8 ans, a peur de tout…même de son ombre, comme diraient les anciens.

Elle a peur de ce qu’elle voit, de ce qu’elle entend et pire, de ce qu’elle imagine (fantômes, esprits démoniaques, créatures de contes…).

La voiture lui fait peur, surtout le rétroviseur (il renvoie des images…), le jardin lui fait peur parce que les fruits ont des formes bizarres, le vert des courgettes est franchement flippant, le ronflement de son père n’est absolument pas normal pour un humain (serait-il possédé ?…), le chat qui se met à courir comme un dingue d’un seul coup, et toujours à la même heure, c’est forcément dû à la présence d’un esprit, un papillon qui vient se poser 2 fois sur son bras, ça présage quelque chose de mauvais…

Alors, très logiquement, ses parents essaient de rassurer Manon :

  • Le rétroviseur est indispensable pour la sécurité, elle doit éviter de le regarder
  • Les fruits sont désormais coupés en petits cubes dans son assiette (adieu les formes bizarres)
  • La peau des courgettes est systématiquement enlevée. Car bien sûr, le vert clair est beaucoup moins flippant. Quoique..
  • Papa ronfle comme ça à clause de sa cloison nasale déviée. Ouf !! Si c’est anatomique, alors ça va
  • Tous les chats ont un pet au casque
  • D’abord, c’est pas le même papillon. Et quand bien même, ça prouve juste qu’il adore l’odeur de la peau de Manon

Etc…

Manon se sent apaisée, un peu.

Mais de moins en moins.

Et du coup, ses peurs reviennent, plus fortes et plus souvent.

Il semblerait que dans son cas, la rassurer provoque exactement l’inverse et ne fait qu’empirer ses peurs. Comme si elles frappaient de plus en plus fort dans la tête et emballaient encore plus son coeur. Elle est terrorisée.

Et c’est assez logique finalement.

Plus elle a peur, plus on la rassure, et plus elle essaie de se rassurer, plus elle a peur.

Donc, ça ne marche pas et un joli cercle vicieux se met en place.

Alors, comment en sortir ?

Ses peurs ont de très bonnes raisons d’être là et elles veulent être entendues, prises en compte en quelque sorte. Et, à force de se faire claquer la porte au nez, elles se vengent et deviennent de plus en plus inventives.

On n’est pas loin de rencontrer le loup de la comptine juste sous la fenêtre de la cuisine.

En thérapie brève stratégique et systémique, on va proposer à Manon de faire exactement l’inverse de tout ce qui a été mis en place jusqu’à maintenant (rassurer-éviter), et donc opérer un 180 degrés.

A l’inverse de se rassurer, on va demander à Manon d’affronter ses peurs (et non, ce n’est pas facile..), afin qu’elles se sentent entendues et perdent de leur intensité. Un changement de comportement sera également proposé aux parents.

Il est possible que Manon ait toujours un peu peur, de temps en temps, mais en tout cas, elles ne contrôleront plus sa vie et ne surgiront plus de façon systématique et inopportune.

Le loup restera bien au chaud au pays des comptines et Manon reprendra le contrôle de sa vie et de ses émotions.

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